révélation d'une amoureuse infinie

Publié le par polyamoureuse

J'ai souhaité dédier une partie de mon espace de réflexion à mon petit couple d'inséparables, et j'aimerais, comme ils m'y ont autorisée, vous livrer leurs témoignages et leurs regards croisés, qu'ils soient spontanés ou sous forme de réponse à mes questions... le but n'est pas de leur demander une explication ou une justification, mais de faire avancer le débat à la lumière de leur expérience quotidienne.


Réponses d'I à mes questions :
  

Est-ce votre mari qui vous a amené aux relations polyamoureuses, l'ayant déjà vécu précédemment, ou est-ce juste une réponse adaptée à votre évolution à vous ?

 

Toute personne est régie par les dogmes qui lui sont soufflés, dès l’enfance : par ses parents, les référents du passé, les institutions, les codes de la vie sociale, les règles de la bienséance. S’extraire de ces dogmes pour se construire personnellement réclame du courage et, souvent, de frayer seul à travers la foule. À ces règles s’ajoutent, pour les femmes, celles, non moins étouffantes, de la morale sexuelle.

Je n’ai pas échappé à cela : enfance dans une petite ville de province, vie familiale étriquée, encouragements permanents à entrer dans le rang, à ne pas se distinguer, à être « comme il faut ». La chair s’est inclinée suivant le même poids imprimé à l’esprit : repli sur soi, corps jugé en disgrâce, plaisir étouffé. Non que je n’ai pas eu, plus tard, de vie amoureuse épanouie, mais son véritable potentiel m’était étranger. Me débarrasser de ces « habits » a pris du temps.


Jusqu’à la rencontre avec mon mari, et malgré quelques belles aventures amoureuses antérieures, je n’aimais pas mon corps. L’amour de mon mari pour moi, sa propre faculté à se libérer du rôle social que l’on réserve ordinairement aux hommes (force, ambition, pouvoir…) pour s’en remettre sans aucun réflexe de défense au désir que je lui inspirai m’ont libérée, de l’intérieur. Et ont littéralement « exhumé » ma beauté. Par beauté, je veux dire une sorte de rayonnement devant lequel tout devenait possible : érotisation du quotidien, fascination grandissante de mon mari à mon égard, extension du champ amoureux hors des gestes et des pratiques considérées comme décentes…


Une seconde étape, toute aussi longue, consista à me libérer d’un statut de femme d’intérieur derrière lequel je m’étais confortablement réfugié. Ce n’était pas assez de m’affranchir de mon corps, il fallait que je franchisse le seuil de mon chez moi : l’amour était aussi dehors, il ne demandait qu’à s’offrir et à m’épanouir. Accepter cela demanda beaucoup d’échanges. Mon mari (qui, je le précise, n’avait pas vécu de relations polyamoureuses avant de me connaître), m’y aida encore une fois. Je lui en rends grâce parce qu’il reçut souvent de ma part de l’incompréhension et, pire parfois, mon jugement : s’il m’aimait, comment pouvait-il concevoir que je goûte l’amour « ailleurs » ? Je me battais contre des mensonges auxquels j’avais fini par croire : un homme, une vie, une maison, une famille.


Aujourd’hui, libre de plaire, je plais réellement. Je goûte mes amants sans culpabilité.  Et je prends leur désir pour ce qu’il est : une possibilité de communion amoureuse qui enrichit ma vie, me rend meilleure, plus belle et aussi plus amoureuse au sein de mon couple. J’aime, je suis aimé et je rends cet amour au centuple à ceux qui m’entourent. De cela, chacun profite « sans compter »: on n’aime bien que plusieurs fois.

 

 

Est-ce juste une possibilité que votre mari vous accorde de manière théorique ou lui-même partage-t-il ce mode de vie activement ?

 

Je vais vous surprendre en vous disant que non.


Sur un plan intellectuel, et au-delà de notre histoire, mon mari a une vision de la femme qui va dans le sens des pratiques polyamoureuses,

Il considère que les femmes ont une sorte de « souveraineté naturelle » qui surpasse la raison et les lois des hommes. Partout où elles passent, elles inspirent le désir et l’amour. Que les femmes ne puissent pas jouir de ce que la nature leur a si spontanément accordé – aimer, être aimée – est, selon lui, une insulte à la vie.


Comme beaucoup de femmes, il m’arrive d’être  « courtisée » : dans la rue, au bureau, en vacances… un compliment, un sourire, une invitation…

Par amour pour moi et au nom de mon plaisir, mon mari accepte que je profite librement de ces témoignages de désir et d’amour.


L’inverse, en revanche, n’est pas vrai : par jalousie, je l’avoue, je ne lui autorise pas les droits dont je profite ! Ce dont il ne souffre pas, la liberté qu’il m’accorde n’étant pas pour lui un échange de bons procédés : il considère cette liberté comme un privilège ontologique donné aux femmes et la fascination que j’exerce sur lui constitue, je le cite, son « tout ».


Bien sûr, les choses ne paraissent aussi simples que de l’extérieur. Mon mari n’est pas insensible aux aventures que je vis en dehors de notre couple. Il y a une douleur à laisser partir sa femme et à la savoir dans les bras d’un autre. Mais l’amour que je lui voue, renforcé à chaque nouvelle aventure, va crescendo et ajoute à cette douleur un bonheur qui la dépasse.


Les relations que je vis en dehors de mon mariage, parfois passagères, parfois fidèles, peuvent s’apparenter à du libertinage. De l’extérieur seulement. D’une part, parce que leur véritable richesse est de pouvoir être vécu conjointement à la relation, essentielle, que je vis avec mon mari. D’autre part, parce que je ne conçois pas ces aventures avec mes amants sans une forme de connivence qui dépasse la seule relation sexuelle. C’est, à chaque fois, une forme d’amour.

  

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